Lettre ouverte de Fred Teper
Cher Claude Lelouch,
Je suis ému de vous écrire aujourd'hui. J'éprouve depuis des années une passion intense pour votre cinéma qui ne s'est jamais démentie, même lorsqu'au plus fort de la houle vous étiez moqué et honni par vos pairs. Certaines histoires d'amour entres spectateurs et cinéastes ne répondent pas toujours à une quelconque logique mais plutôt à des sentiments inexplicables qui sont personnels à tout un chacun. De l'écho que certaines histoires, thématiques, interprétations, dialogues peuvent avoir avec sa propre vie, font qu'un réalisateur et un spectateur se télescopent parfois pour toujours dans l'intimité de la salle obscure. Je suis un coeur d'artichaut, cher Claude Lelouch, aussi je ne vous ferais pas l'affront de vous mentir et de vous dire que vous êtes le seul metteur en scène que j'aime sans compter, mais vous êtes l'un de ceux avec qui cela dure. Et plus précisément pour ma part, cela date paradoxalement, non pas d'une rencontre avec l'un de vos films au cinéma, mais du passage à la télévision dans les cours des années 80 de Les Uns et les Autres. Le gamin que j'étais alors ne comprenait pas tout ce qu'il découvrait sur l'écran mais il savait déjà reconnaitre une distribution exceptionnelle quand il en voyait une, et je me rappelle aussi parfaitement de ce sentiment devant la beauté de certains plans qui, combinés à la musique absolument divine de Francis Lai et de Michel Legrand, m'avaient grandement impressionnés. Et bien entendu la découverte du Boléro de Ravel dont la magnificence était surmultipliée par votre caméra lyrique et aérienne. Si mon coup de foudre pour votre travail date du visionnage de Les Uns et les Autres, je n'ai pu réellement prendre la mesure de ce phénomène qu'en 1988 quand j'ai pris en pleine tête la claque Itinéraire d'un enfant gâté.
Post-scriptum par Erwan Darbellay
Cher monsieur Lelouch, à mon tour de vous raconter une histoire... nous sommes en 1992, à Fribourg en Suisse, j’ai 17 ans, avec quelques copains nous décidons d’aller voir Terminator 2… Malheureusement la séance est complète. Si mes amis laissent tomber, moi je suis venu pour me faire un ciné, je vais donc me faire un ciné. A l’époque je découvrais avec un peu de retard le cinéma des années 80. Je me nourrissais de Spielberg, Zemeckis, Dante, etc… et je ne connaissais absolument rien au cinéma français. Bref, dans l’autre salle un film intitulé La Belle Histoire. Sur les photos promos des soldats romains, et comme je suis passionné d’histoire, particulièrement de la Rome antique, pas d’hésitation, je vais donc voir mon premier film d’un certain Claude Lelouch… Imaginez bien que pour la partie historique j’ai été déçu… mais en contrepartie je me suis pris mon premier grand choc cinématographique sur grand écran... réflexion philosophique sur la réincarnation, la mort, l’amour, film fleuve rythmé par les abeilles d’Israël et la musique de Francis Lai. Une œuvre de 3h30, votre cinéma dans toute sa démesure, un film détesté par les uns et adoré par les autres. J’ai depuis découvert vos autres films, vos chefs d’œuvres, vos grands films, et même vos films moins réussis mais toujours réalisés avec passion et enthousiasme. Votre cinéma, Claude Lelouch, c’est aussi des chabadabada, de la musique, beaucoup de musique, un cinéma virevoltant, qui parle d'amour, d'amitié, de grands hommes et de petites gens, c'est beaucoup d'émotion, des rires, de la passion, des fresques impressionnantes et des petits films tout simple. Finalement c'est une patte reconnaissable entre mille, certains diront en ricanant que c'est des tics, et d’autres qu'il s'agit tout simplement de la marques d'un grand réalisateur qui raconte certes toujours un peu la même histoire, mais comme c'est une belle histoire on aime à l'entendre encore et encore... Merci Claude Lelouch d'avoir mis des Chabadabada dans ma vie !





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